photo 5En plein Beyrouth : un immeuble ancien, presque écroulé, sans fenêtre, avec impact d’éclats d’obus sur la façade.
Ca c’est une image qui réveille les clichés de mon imaginaire. Quand j’étais petit , tous les jours entre le steak et la purée, quatre mots sortaient en boucle du petit poste radio familial  : Beyrouth , Belfast, Israel-Palestine.
Début de la guerre civile au Liban en 75, fin en 91. Ben oui, toute mon enfance.
Je ne sais pas ce que certains mettent dans les moteurs de leur voiture pour que ça donne l’impression d’entendre la fusée Ariane au décollage à chaque fois.
Dans ma région en France, il y a plein d’églises, quelques calvaires au bord des routes, mais la dernière fois que j’ai vu autant de statues de la sainte vierge au mètre carré, ça doit être quand j’ai traversé Lourdes il y a quelques années.
Si tu es capable de compter exactement le nombre de fils électriques que j’ai au-dessus de ma tête, je te paye un chawarma.
Quelqu’un m’a dit : les libanais sont un peuple qui danse au bord du gouffre.
En y réfléchissant bien, est ce que ça n’est pas un peu humain, ça, danser au bord du gouffre ?
Un pub irlandais très joli, rue Monot, une rue qui ne l’est pas moins.
Les anglais et les français ont conquis le monde à la pointe de leurs fusils, les irlandais à la mousse de leurs bières.

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Ils sont décidément très sympas à l’épicerie Haddad en bas de la maison. Le type du taxi tout à l’heure aussi et la dame du café arménien aussi.
Est ce qu’on peut établir un Taux Moyen De Politesse Ambiant d’une ville? Le TMPA ? Que tu peux mesurer aux sourires qu’on te donne et aux conversations qu’on engage, dans les commerces, les taxis, les bars. Une sorte d’Échelle de Richter de la politesse, allant de 1 à 10. Paris, par exemple, c est 0,5.
J’ai l’impression, pour ce que vaut une impression au bout de cinq jours, que Beyrouth a un bon TMPA.
J’ai chopé un rhume des foins. C’est étonnant : la dernière botte de foin de Beyrouth a été mangée par le dernier âne de Beyrouth, ça remonte à avant le mandat français, en 1919.
Bon donc je vais a la pharmacie à l’angle , et la jeune femme en blouse derrière le comptoir est drôlement calée en rhume et en médicaments pour le soigner. Il n y a pas la sécu au Liban, tu ne vas pas voir ton généraliste pour tout et pour rien, le pharmacien joue ce rôle. Mais surtout, surtout, c’est une femme absolument magnifique. Madame, vous avez un sourire aussi efficace que 2 grammes de paracétamol.

J’ai un deal avec ma fille que je peux continuer à voyager oui d’accord, mais alors je lui ramène une robe. C est pas un truc d’enfant-roi, détrompe toi , c’est juste que ma fille est la huitième merveille du monde.
Je viens de voter à mon unanimité que les femmes de Beyrouth sont les plus belles femmes du monde, légèrement devant celles de Montréal et celles de Jérusalem, j’en ai mal aux yeux, c est proprement hallucinant.
C’est bête et subjectif de dire ça, ça l’est presque autant que quand Nikos Aliagas de TF1 nous affirme qu’Angelina Jolie est la plus belle femme du monde. Va faire un tour à Beyrouth, Nikos.
C’est juste, qu’il y a des endroits dans le monde ou la beauté féminine nous touche plus ou moins. Des femmes brunes plantureuses aux traits très fins, teint mate, de grands cheveux, défrisés ou non. Waouh.
On m’informe qu’un nombre important de beautés ici ont reçu un coup de pouce de bistouri: nez, fesses, seins refaits.
J’ai une envie de chirurgie esthétique: mon centre de gravité s’est pas mal affaissé ces derniers temps, un ou deux pectoraux en silicone ne me feraient pas de mal.

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J’ai trouvé un nouveau bobo (un truc peut-être très très grave à l’ongle) à aller montrer à la pharmacienne. J’ai poussé la porte, elle n’était pas derrière le comptoir mais à la place, un grand type avec plein de poils sur les bras, une barbe et des grosses lunettes carrées. Je repasserais, pour l’ongle.
Un nouvel immeuble en construction. Je compte cinquante étages. Dont 20,3 sont finis.
Je suis sûr que du haut de l’immeuble de la Sodeco on peut toucher la lune, qui est splendide, ce soir.
J’ai du laisser quelques neurones au fond de verres dans chaque bar de la ville cette nuit, rue Gemmayzeh. Il y a tellement de bars, clubs, dans cette rue que j’ai arrêté de compter passé le cinquième shooter. Beyrouth est LA capitale de la vie nocturne du monde arabe.

Les deux capitales de la fête au Proche-Orient, Beyrouth et Tel-Aviv, sont des ennemis mortels.
J’ai l’impression qu’à Beyrouth, il existe un sens de la fête comme si la fin du monde était prévue demain matin à 10h14.

Arrivée au quartier.
La statue de la la vierge regarde une bougie brûler devant elle.
Un chat regarde le dessin d’une croix noire et blanche, symbole des Forces Libanaises, sur le mur d’en face.
Un grillon chante devant la maison.
Derrière, Beyrouth-qui-ne-dort-jamais. Mais le grillon, en frottant deux pattes minuscules l’une contre l’autre, il arrive à te produire un chant qui couvre le tapage nocturne de la ville immense.
Trop fort, le grillon.

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Après une série de concerts absolument magiques avec l’ONPL (un immense plaisir de partager la scène avec 45 musiciens classiques), je replonge maintenant le nez dans les chroniques de voyage et en profite pour mettre en ligne mes petites chroniques au Liban et au Laos (octobre et février dernier). Je les posterai chacune en trois épisodes sur les six prochaines semaines. Bonne lecture.

J’ai dit à ma fille : 7 dodos, on a compté sur les doigts, sept. Elle a versé quelques larmes, je me suis sauvé avant de changer d’avis.

Et merde. Ce truc, appelez ça l’inspiration ou ce que vous voulez, s’éteint un peu dans le petit quotidien, et se met en route très fort dès que je grimpe dans un train, un avion. Ca se nourrit de nouveauté, d’inattendu. N’empêche, je culpabilise.

Direction Beyrouth.

Une très vieille envie, mettre les pieds au Liban. Un ami d’Angers s’est installé à Beyrouth, j’ai une semaine de libre, c’est parti.

Un proverbe indien dit : « Il faut vivre dix vies dans un endroit pour commencer, un peu, à comprendre cet endroit ». Une semaine, ça fait juste. Une semaine, c’est pas un voyage, c’est une promenade.

C’est une hérésie d’écrire un carnet de voyage quand on ne reste qu’une semaine. Je vais le faire quand même, je ne peux pas m’en empêcher.

Beyrouth. Première impression, celle qui saute aux yeux, à la descente d’avion : une forêt d’immeubles, dense.

Qu’est ce qui pousse dans une telle forêt d’immeubles ? Des 4×4 énormes et des R 12 rafistolées, des building tous neufs, et d’autres datant d’avant la guerre avec les traces d’éclats d’obus sur leur façade, des magasins partout, plein de symboles religieux chrétiens et musulmans, plein d’affiches politiques, des barrages militaires un peu partout, presque pas d’espaces publics ni d’espaces verts. Dans une forêt de béton, il pousse tous les contrastes possibles et imaginables.

Je me demande… combien de temps ça met pour arriver à taille adulte, un immeuble de 50 étages, dans ce genre de forêt ?

Ferme les yeux, à Beyrouth : brouhaha de sirènes, de moteurs de voitures pétaradants, bruit de fond constant de chantiers de construction. Certains disent que c’est le plus grand chantier du monde.

« Beyrouth, mille fois morte, mille fois revécue », a dit la poétesse Nadia Tueini.

Quand on vient d’une petite ville de province française où, si on tend l’oreille, on peut presque entendre pousser l’herbe, il y a un vrai temps d’adaptation sonore en arrivant à Beyrouth.

Sur le mur de l’institut français, juste en face du canon du char de l’armée, un tag : une phrase de Shakespeare, en français : « nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos rêves et nos courtes vies sont entourées de sommeil ».

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Où que j’aille, ce que je préfère c’est trouver de petites habitudes. De touts petits gestes répétitifs , rassurants : acheter un litre d’eau à l’épicerie Haddad en bas de la maison, en bouteilles, grandes, avec des olives vertes, puis une pizza Man’ouché au zaatar, pour le petit dèj (extraordinaire), comme je faisais en Palestine, au petit man’ouchiste (je sais pas comment on dit) à l’angle.

Marhaba, un sourire, merci au revoir.

10h02 : je descend la rue, tourne à gauche à l’angle devant la statue de la vierge Marie, appelle un taxi.

10h10 [à la télé] : Hasan Nasrallah, chef du puissant parti Hezbollah, déclare dans son discours pour la fête chiite d’Achoura, que le Hezbollah résiste et résistera encore et toujours à l’ennemi mortel, Israel.

13h : je termine un bon livre au café-librairie-cinéma, en haut d’un building, je vais bientôt aller chercher un chiche taouk à manger.

13h12 [à la télé] : Israel réplique « Quand on veut, on renvoie le Liban à l’âge de pierre. »

14h02 : La vie est chère, mon chiche taouk vient de me coûter 8000 livres libanaises, 4 euros. Je marche tranquillement dans les petites rues.

15h 24 [à la télé] : le chef du front Al Nosra, branche d’Al Qaïda en Syrie , déclare que « la vraie bataille au Liban n a pas encore commencé ».

16h32 : la chicha du café à l’angle est délicieuse, et le patron parle français (comme pas mal de monde ici). Le soir tombe sur la ville. A 17h le soleil est au dodo ici.

17h05 [à la télé] : le parlement libanais vient de s’auto-réélire à l’unanimité. Pas de président au Liban depuis deux ans.

Si tu es tout neuf arrivé à Beyrouth ces jours-ci et que tu te connectes sur les chaînes d’infos libanaises, tu peux avoir une impression permanente de menace de fin du monde. Si tu vis ici depuis longtemps, il paraît que tu es complètement habitué.

Si tu déconnectes, la vie semble suivre son cours tranquillement partout… le petit quotidien.
Je me demande combien de jours on peut tenir sans parler politique, par ici.

Il y avait un souk au centre ville de Beyrouth, il a fermé, Prada est arrivé. Et puis Chanel, puis Lacoste. J’ai l’impression de voir des sosies de l’avenue des Champs Elysées pousser un peu partout dans le monde.

Route entre la maison et la mer. Sur le boulevard, en face du concessionnaire auto, je m’assieds au parc. T’emballe pas, c’est juste deux arbres, deux bancs, pas de pigeons (ça j’apprécie). Le boulevard devant, j’ai vu les photos de pendant la guerre : c’était la « ligne verte », la ligne de démarcation West Beyrouth – East Beyrouth qui séparait la ville entre chrétiens et musulmans. Cette ligne de démarcation, un boulevard déserté, les snipers y étaient nombreux, personne ne s’y aventurait, la nature a repris ses droits. Une forêt de mauvaises herbes y a poussé. On a du mal à s’imaginer ça quand on voit le boulevard aujourd’hui.

Terrasse de café. Quelques chiffres dans l’« Orient Le Jour », le journal :
Il y a 4 millions de libanais au Liban, entre 4 et 15 millions dans la diaspora, partout dans le monde.
Presque 2 millions de réfugiés syriens sont arrivés au Liban suite à la guerre.
Quand un pays de 4 millions d’habitants accueille 2 millions de réfugiés… j’ai cru comprendre que la situation devient très très compliquée.
Le Liban est le pays qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés syriens.
La France a accueilli 500 familles.

Au bout de la ville, la Méditerranée, d’un bleu profond, mais coincée dans le béton. Je m’assieds au bar de la corniche de Beyrouth, juste au bord de l’eau.photo 6
Derrière moi, la ville klaxonne, pétarade, hélicoptèrise et marteau-pique.
Mais devant moi, un bateau blanc passe sur la mer bleue, dans la fumée de ma chicha.
Je me sens tranquille comme Gandalf, dans le film, quand il fume l’herbe à pipe dans la Comté avec Bilbo.

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J’aurai la chance de partager la scène avec l’ONPL, les 2 et 3 avril à La Cité des Congrès de Nantes et le 7 avril au Centre des Congrès d’Angers à 19h, avec le spectacle: « IL ÉTAIT UNE FOIS LA SYMPHONIE« . Quatre grandes symphonies (Mozart, Beethoven, Mendelsohnn) jouées par l’ONPL, autour desquelles je conterai et slamerai des textes écrits pour l’occasion. Monter sur scène avec un orchestre symphonique, un rêve de gosse qui se réalise. Venez nombreux voir ça, c est pas tous les jours. À partir de 6 ans.

http://www.onpl.fr/L’ONPL-autrement/Concerts-%22Familles%22

CBDM 490x250 FBNous vous invitons à venir (re)découvrir KWAL le mardi 27 & mercredi 28 janvier au Quai.

Il présentera son spectacle théâtre – conte – slam « Chroniques des Bouts du monde ». Récits de carnets de voyages, de rencontres, d’humanité… un beau spectacle réconfortant en ce début d’année.

 » Bravo à l’artiste et ses musiciens qui nous ont transporté vers des contrées lointaines… spectacle entre le conte, le récit de voyage, la musique, la poésie et le chant… sous le charme ! «  Isabelle (spectatrice)

Toutes les infos ci-dessous (attention il ne reste plus beaucoup de places) : http://lequai-angers.eu/saison/spectacles/kwal

Les deux dates sont complètes (mise à jour le 22/01/2015)

Billet

Publié: 13/01/2015 dans Uncategorized

C’est toujours dans l’absence qu’on mesure combien on aimait,
Que grimpe en nous la conscience, mieux vaut tard que jamais
Les libertés sont des vases de porcelaine, pas des acquis
Conquises par ceux qui tombent sous des balles, ceux qui prennent le maquis

On continuera à croire ou non aux dieux, et à rire de tout
Sans se sentir otages de la violence et des tabous
Ça fait chaud au cœur de voir les rues que nos foules ont noircies
Et nos convictions qu’on croyait mortes, elles étaient juste enfouies
Pourvu que les unions sacrées ne soient pas feux de paille
Que les ballons ronds ne soient pas les seuls à rassembler, mais aussi les grandes batailles

Si tant est qu’on puisse tirer la moindre leçon dans le chagrin
Elle pourrait être d’occuper le terrain
Insoumission totale aux dents de la censure
Dans nos dessins, nos chansons, nos écritures
Ne pas laisser confisquer les débats qui s’annoncent par les Zemmour
Et en première réponse au sang, poser des actes d’amour
Désamorcer la barbarie par le dialogue et le lien
En voisins de palier déjà, pas besoin d’aller bien loin
Il y a plein d’enfants perdus en France qu’on laisse macérer dans leur coin
On ne nait pas meurtrier, on le devient

Et quand le temps aura coulé sur les terrasses de nos cafés
Puisse ce qui nous rassemble aujourd’hui ne pas s’effacer
Que nous ayons mis de l’humain au cœur, et du cœur à la lutte
La plus grande réponse à la terreur est de bâtir un monde plus juste

KWAL

Hady Bah, artiste malien, (et personnage central du dernier spectacle de Kwal « Chroniques des bouts du monde), sort son album, Folo Folo Déni, 15 titres entre musique traditionnelle malienne, et accents reggae, enregistrés à Bamako.

Hady est une voix célèbre au Mali. Connu comme leader du groupe « Guerebou Kounkan », il est une « voix des sans voix », il a été le premier enfant de la rue au Mali à chanter la condition des « guerebou », les petits mendiants.
Depuis, il a fait bien du chemin, il est devenu un artiste accompli, jouant sa musique à travers tout le Mali, vivant de son art.

Vous pouvez commander l’album au prix de 8 euros, et le retirer à l’O.C.I.A à partir de début janvier.
L’argent des ventes sera entièrement reversé à Hady Bah.

Association Office de Coopération Internationale d’Angers
15 Bis rue du Port de l’Ancre, 49100 Angers
asso@ocia-jumelages.fr / 02 49 75 00 01 / www.ocia-jumelages.fr

« I ni cé kosobé » = « Merci beaucoup »

Le Maître du monde !

Publié: 20/10/2014 dans Uncategorized

Le-Maitre-du-monde_imagelivreLe voilà enfin, notre petit dernier. Il est venu au monde ces jours-ci, c’est un petit livre-disque plein de fantaisie pour enfants petits et grands.
Ses parents (Charlotte Gastaut aux dessins, Héloïse Lefebvre au violon, Tony Baker au piano, Vincent Loiseau, auteur et conteur) sont heureux.
L’équipe musicale Kwal est réunie ici dans cet album pour enfants écrit puis enregistré avec beaucoup de plaisir.

La bande annonce:
Quand un petit bonhomme gagne l’anneau magique du Seigneur Des Anneaux dans sa boîte de céréales, mais qu’il le perd dans une bouche d’égout, peut-il se douter que dans sa quête pour le retrouver, il ira jusqu’à rencontrer un dinosaure ?

Vous pouvez le trouver en librairies, mais aussi le commander sur le site de Benjamin Médias :
http://www.benjamins-media.org/fr/Catalogue/Livres-CD/Nouveautes/Le-Maitre-du-monde